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Etrigane Habitué de la Citadelle


Nombre de messages: 151 Localisation: Etrigane_House Date d'inscription: 12/08/2007
 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Sam 1 Sep - 9:36 | |
| Naissance d'Etrigane - Intermède (2)Etrigane se déplace. C'est la conscience morte des êtres éphémères, anéantis, rappelés à la certitude du rien. Qui rampent. Lumière incertaine qui tremble quelque part dans ces ténèbres sans fond, où les pensées et les rêves s'abîment éternellement. Et les doigts qui se crispent. Est-ce la fièvre ? Est-ce ainsi que s'expire le souffle dernier ? D'où vient cette eau brûlante qui semble vouloir couler sans fin ? Qui ferme les paupières sur son chemin de flammes. Les forces effacées de ces voeux calcinés. Qui manquent au corps, qui manquent à l'âme, et comment se lever désormais ? Comment envisager la certitude des jours ? "TU VAS VIVRE !" Avance. Avance. Un milliard d'ombres qui pèsent sur ton dos. Et ton échine qui frémit encore au son de cette voix. Et tu souris, au-delà de ta douleur. Et tu avances. "TU M'ENTENDS, TU VAS VIVRE !" Pas si loin cette lumière. Le vol des papillons devra attendre peut-être, et rejoindre la ronde des âmes qui s'en vont sera le jeu d'un autre jour. Si seulement ce linceul n'était pas si présent, si serré, si seulement c'était si simple. Ecoute sa voix. Avance. _________________  |
|  | | Dragon_Fly Chef de la Meute [Admin]
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Nombre de messages: 3056 Localisation: Ici bien sûr et avec mon Clan Date d'inscription: 05/03/2005
 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Mer 5 Sep - 21:09 | |
| Naissance d’Etrigane XVème partie. - Vous êtes certain d’avoir inspecté toute la zone ? - Assurément ma Dame, nous ne les avons pas trouvés. - Vous avez bien exploré chaque souterrain ? - Tous ceux qui figuraient sur la carte que vous nous aviez fournis. - Et rien ?! - Rien. La jeune femme se laissa aller contre le dossier de son fauteuil avec un soupir. Cela faisait maintenant une semaine que les Masters étaient rentrés à la Citadelle du Crépuscule, et DragonFly n’avait pas perdue de temps. Elle avait lancé des recherches aux quatre coins de Midgard, avait fouillé la bibliothèque du Clan entièrement, mais rien, pas même un indice. L’éleveuse n’avait aucune idée de l’identité du groupe qui leur était venu en aide. - Peut-on vous être autrement utile ? La jeune femme réfléchit un moment, puis ses yeux se portèrent de nouveau sur la carte de l’archipel qui s’étendait sur la table. Elle la parcourut longuement du regard, puis : - Hum…Non. Emportez mes remerciements, toi et tes hommes, pour le travail effectué. Votre mission se termine là. La sentinelle des Masters s’inclina et sortie du bureau de DragonFly. Celle-ci en profita pour réfléchir davantage. Les prêtres-guerriers de Laenor... Pas un document ne mentionné leur existence, le registre de la création des clans avait été fouillé, et aucune date ne correspondait au nom que lui avait donné le chef des inconnus. Leur nombre et leur habilité au combat ne laissé aucun doute sur leur puissance cependant. Et encore….comment savoir s’ils en avaient vu une escouade seulement ou bien si c’était leur groupe entier qui était venu les aider ? Et pour quelle raison cette aide, d’abord ? La jeune femme restait perplexe.
Ne trouvant nul réponse à ses questions et ayant trop peu d’élément pour de toute manière en avoir, elle fini par sortir de son bureau et elle emprunta un des couloirs de la citadelle. Après avoir descendu un étage et avoir rejoint l’aile est du château, elle ouvrit doucement une fine porte de bois. Une luminosité changeante, des fumées aux couleurs étranges, des odeurs de jardins et de fleurs, ainsi qu’une cinquantaine de lit propre et promptement installés en ligne ; elle était bien dans l’infirmerie des Masters. Un groupe de magicien du clan s’était spécialisé depuis longtemps dans les domaines de guérison, et devant le succès qu’avait eut plusieurs de leur opération, DragonFly avait fini par leur donné la charge de ce que l’on aurait pu qualifier de clinique médical, mais qui avait plutôt ici des airs d’ateliers de magie. Seize des lits de l’endroit étaient occupé. Les blessures heureusement n’étaient pas toute grave – La jeune femme avec sa plaie au bras et au flanc aurait d’ailleurs dû être allongé dans l’un de ses lits, bien qu’elle refusa catégoriquement de se reposer après de telles évènements-, mais la bataille du Manoir de Benjan avait affaiblit une bonne partie du groupe qui s’y était rendu. Au total, on pouvait compter six morts dans le clan. C’était certes peu en comparaison à tous les soldats de Benjan qui avait péris sous leur coup, mais pour DragonFly, cela semblait énorme. Six…six membres de la meute ayant rejoint l’au delà en une attaque. Six…la jeune femme s’en voulait terriblement de n’avoir pas attendu d'avoir suffisament de renseignement avant d’attaquer.
Elle traversa la pièce sur ses sombres pensées avant d’ouvrir une petit porte menant à une chambre à part. Etrigane ne faisant pas parti du clan ne pouvait partager son intimité, et il avait été installé dans une annexe de l’infirmerie.
Quand DragonFly entra, il dormait encore. L’homme avait longtemps été dans le coma et la chef de meute avait craint pour sa vie, cependant cela faisait deux nuits qu’il s’était réveillé et elle avait prit l’habitude depuis leur retour à la citadelle d’aller le voir chaque jour. Elle n’avait jamais pu être présente lors de ses éveils toutefois.
Elle s’assit silencieusement sur un siège posait non loin du lit du malade et attendit, soucieuse. Le bandage qui entourait le ventre d’Etrigane était imbibé d’un sang noir, son visage était encore couvert d’hématomes, et bien que sa sortie du coma l’eut rassuré, la jeune femme restée inquiète. La colère l’envahit lorsqu’elle remarqua que le bandage en question n’avait pas été changé depuis le matin et elle s’apprêtait à passer un savon aux infirmiers et aux mages quand elle remarqua qu’ils étaient déjà tous afféré à la tache, s’occupant activement des autres blessés. Avec un soupir, elle se retourna donc vers Etrigane et commença à déroulé elle-même le bandage de celui que le clan avait choisit de protéger.
Elle le fit le plus doucement possible, cependant le sang séché avait collé peau et vêtement ensemble, et en enlevant le tissu, l’homme se réveilla. Des sueurs froides avaient pris possession de son corps face à la douleur et il dû cligner plusieurs fois des yeux avant qu’ils ne perdent un peu de leur humidité, mais la vue de la jeune femme pensant sa plaie le laissa muet.
Dès lors, un silence embarrassant commenca à s'installer, et, le remarquant, DragonFly préféra le briser aussitôt.- Vous allez mieux ? - Un…un peu oui je crois. Acquiesça-t-il. L-l’œuf est en sécurité ? - Ne vous en faites pas pour lui. Il est dans ma propre chambre, et mes douze dragons veillent comme si ils étaient l’un des leurs. Il est en sécurité maintenant. - Quand pourrais-je le voir ? - Quand vous me répondrez « je vais mieux » plutôt que « je crois ». Etrigane se tut quelque instant. Sans qu’il ne comprenne réellement pourquoi, le fait que ce fut la jeune femme elle-même qui s’occupa de ses soins le gêné profondément et il préféra ne pas la regarder faire. Alors qu’elle était en train de nettoyer sa plaie toutefois, il fini par lui en faire la remarque :- Pourquoi est-ce vous qui soignez ma blessure ? - Nos mages blancs sont tous occupés avec les membres du clan qui ont été eux aussi blessé. Votre bandage devait être changé, alors je le fais. DragonFly termina la confection de son nouveau bandage et ses yeux rejoignirent ceux de son interlocuteur. - Il me faut vous poser d’importantes questions Etrigane. Vous sentez vous prêt pour une discussion sérieuse à présent ? _________________ DragonFly, Chef du Clan des MastersDragons. |
|  | | Etrigane Habitué de la Citadelle


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 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Jeu 6 Sep - 19:24 | |
| Etrigane regarda la jeune femme, et il s'aperçut immédiatement à quel point elle semblait attendre beaucoup de cette conversation. Malgré sa fatigue et les douleurs qui traversaient encore son corps blessé, il se concentra et se prépara à une discussion sérieuse. Lorsqu'elle put voir à son regard qu'il avait compris ce qu'elle attendait de lui, elle reprit la parole: "J'aimerais savoir comment vous envisagez la suite des événements, par rapport à l'oeuf, et au dressage de votre futur dragon." Etrigane réfléchit un moment, afin d'être bien sûr de ce qu'il voulait répondre, puis un sourire apparut sur son visage, et il dit d'un air enthousiaste: "Je vais partir d"ici au plus tôt, et emmener l'oeuf dans une caverne connue de moi seul. Ce sera vraiment passionant ! Je n'ai pas encore réfléchi au dressage, je dois avouer, mais j'improviserai !" Un silence accueillit cette phrase. Quelque chose passa dans le regard de la jeune femme, mélange de surprise, de tristesse et de colère. Elle regarda un moment le sol, d'un air un peu abattu, mais quand ses yeux se portèrent de nouveau sur Etrigane, ils flamboyaient. "Vous ne comptez donc pas rester avec nous ?, dit-elle doucement. - Eh bien, je me disais que ce serait vraiment fantastique de vivre cette expérience exclusive, c'est un moment tellement magique." DragonFly le regarda avec intensité. La colère prenait le dessus dans ses yeux assombris. "Magique, hein ?, dit-elle brusquement. Six de mes hommes ont laissé leur vie pour vous aider à récupérer votre précieux oeuf, et vous ne pensez qu'à votre expérience "magique" ? Elle tourna le dos au jeune homme, et croisa les bras. "Vous n'avez pas le sens de la meute", dit-elle avec une émotion étrange dans sa voix. Et comme il ne disait rien, elle ajouta: "Je ne croyais pas cela de vous, Etrigane." Un silence durable s'installa entre les deux interlocuteurs. Etrigane, complètement perdu, ne savait plus que dire ou que faire. Il fixait un point invisible de l'espace, plus gêné qu'il ne l'avait jamais été de toute sa vie. DragonFly réfléchissait. Et, d'une façon caractéristique de sa personne, elle se retourna enfin vers le jeune homme et parla avec une énergie impressionante: "Je ne vous laisserai pas vous enfoncer dans cet égoïsme insupportable, vous n'êtes pas comme cela, je le sais. Vous ne savez rien de l'éducation d'un dragon et des qualités d'un dresseur. Vous devez apprendre, écouter ceux qui savent. Comment pouvez-vous seulement penser que je vais vous laisser partir ainsi ? J'ai engagé mon clan dans cette aventure, et six des miens y ont trouvé la mort. Alors je vous demande de réfléchir, de réfléchir intensément, Etrigane, parce que vous avez une responsabilité par rapport à nous et à ce qui vient de se passer." Etrigane la regardait, incapable de prononcer un mot. DragonFly plongea ses yeux dans les siens, et ajouta: "Vous m'avez déçue, mais je suis prête à vous écouter. Faites-le maintenant, je ne saurai remettre cette conversation à plus tard". (à suivre) _________________  |
|  | | Dragon_Fly Chef de la Meute [Admin]
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Nombre de messages: 3056 Localisation: Ici bien sûr et avec mon Clan Date d'inscription: 05/03/2005
 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Sam 8 Sep - 14:21 | |
| De nouveau, un silence.
Les paroles de la jeune femme étaient troublantes, et Etrigane voulait bien choisir ses mots pour lui répondre cette fois ci. Son but n'était pas de la mettre en colère. Elle n'avait sûrement pas idée de combien il lui était reconnaissant, cependant il se devait de mettre les choses au clair, et vite s'il ne voulait pas que le côté possessif de la jeune femme ne s'empare de lui comme elle semblait vouloir commencer à le faire. - Dame DragonFly, je ne voulais pas vous blesser. Toutefois que savez-vous de moi pour ainsi être déçut ? Pour me dire que je ne suis pas ainsi ? Vous avez accepté de m'aider, certes, je vous en suis réellement reconnaissant mais...mais jamais je ne me suis engagé envers vous. Vous avez était mise au courant du fait qu'un dragon au même nom que le mien allait naitre, et vous êtes venue me chercher pour me venir en aide, cependant quelque part...je ne vous ai rien demandé ! La jeune femme ne s'attendait pas à une telle réponse, et la colère vint de nouveau allumer son regard. Lorsqu'elle lui répondit, ce fut d'une voix lente, mais bien plus froide qu'à l'accoutumé.-Ainsi, vous estimez n'avoir aucun compte à nous rendre. Vous auriez raison Etrigane si l'on vous avez forcé à nous laisser vous aider, si l'on ne vous avez pas laisser le choix. Vous avez également raison dans le sens ou nous ne vous avons rien demandé en retour, et ou effectivement, officiellement, vous ne nous devez rien. Votre réponse me déçoit d'autant plus cependant que si je ne vous demande rien en retour, en revanche, j'exige de vous réflexion et responsabilité. Car ce que nous vous avons rendue, ce n'est ni un objet, ni un vulgaire animal. Six de mes hommes sont morts pour reprendre se dragon à un être vile et stupide qui n'aurait pas su l'élever. Ils n'auront pas fait ce sacrifice pour rien, et je ne laisserais pas l'œuf retomber entre de pareilles mains. Partir seul avec lui ? Dans un lieu connu de vous seul ? Etrigane...avez vous seulement idée des besoins quotidien d'un dragon ? Savez-vous comment les lui procurer ? Vous rendez vous compte que si vous vous faites tuer dans la forêt, le dragon mourra avec vous ? Je ne m'attendais ni à tant de naïveté de votre part, ni à tant d'égoïsme, et c’est bien pourquoi je suis déçus. Etrigane fut de nouveau interpelé par ses paroles, d’autant que toute trace de chaleur et de sympathie avait quitté le visage de la jeune femme pour n’exprimait plus à présent que froideur et distance. L’homme était toujours allongé dans son lit, et son titre même de blessé lui semblait être un désavantage dans leur discussion. Il tenta donc de se redresser sur ses coudes, cependant la douleur qui le saisit au ventre fut-elle qu’un cri de souffrance lui échappa et qu’il se recoucha aussitôt. Si DragonFly été énervé, l’attention qu’elle portait à l’homme n’avait pas disparut pour autant et elle se rassit aussitôt sur sa chaise, manifestement inquiète. -Ne bougez pas Etrigane ! fit-elle en posant légèrement sa main sur le bandage qui entourait son ventre pour appuyer ses paroles. - Je…je ne veux pas être vu comme quelqu’un dont on doit s’occuper DragonFly. Répondit presque brusquement celui-ci. Je suis moins stupide et moins ignare que vous ne semblez le croire. J’ai longtemps étudié la dragonologie, je sais ce dont-ils ont besoin. Certes, je n’en ai qu’une connaissance théorique, mais je ne suis pas non plus un enfant ! Vous disiez tout à l’heure que je n’avais pas le sens de la meute…et bien non, je ne l’ai pas, et je ne fais pas non plus partie de votre meute. Je suis désolé que cela vous vexe, mais je ne me vois pas partagé avec des gens que je ne connais que peu un évènement aussi intime que la naissance de mon dragon. Ce fut au tour de la jeune femme de se murer un instant dans un silence étonné. Cependant elle n’était pas femme à se faire intimider par des paroles, et soudain, elle se releva et plongea deux yeux furieux et décidé dans ceux de sont interlocuteur. - Hé bien soit. Conclu-t-elle. Puisque vous ne faites pas partie de la meute, et que vous ne vous reconnaissez apparemment pas comme l’un de ses amis, vous êtes donc ici en territoire hostile et dans lequel vous n’êtes pas le bienvenu. Etrigane, l’œuf est dans ma chambre. Venez donc l’y chercher si vous en trouver le courage. En attendant, il est sous notre protection, car il est du devoir de tout Midgardien de protéger les dragons, et je ne saurais manquer à mes devoirs. Faites donc ce que bon vous semblera, mais tant que vous ne m’aurez pas prouvé que vous êtes dignes de se dragon, et que vous êtes apte à le protéger tout seul dans cet endroit où vous souhaitez vous exiler, je le considère comme membre de ma meute. Ah…et faite attention, il est bien gardé. Nanaki et mes autres dragons veillent, et ma propre épée n’est jamais loin de moi, même la nuit. Sur ces dernières paroles et après un dernier regard irrité à Etrigane, la jeune femme quitta la petite pièce._________________ DragonFly, Chef du Clan des MastersDragons. |
|  | | Etrigane Habitué de la Citadelle


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 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Dim 9 Sep - 12:06 | |
| Naissance d'Etrigane - XVIème partie[ce rp étant très long, je le posterai en trois fois, suite ce soir et demain matin...]La convalescence d’Etrigane dura encore une dizaine de jours, avant qu’il ne fût définitivement remis de ses blessures. Pendant tout ce temps, les paroles de DragonFly se révélèrent particulièrement exactes : la Citadelle était belle et bien devenue un « territoire hostile ». Non seulement la jeune femme n’était pas revenue le voir une seule fois, mais l’ensemble des membres du Clan semblait l’ignorer parfaitement, y compris le personnel de l’aile médicale, qui se contenta durant cette période de lui administrer des soins sans dire un mot et le plus rapidement possible. Ces dix jours furent donc épouvantablement longs, d’autant plus que la fièvre étant tombée, il avait de nouveau conscience du temps. Cela lui permit de réfléchir longuement à son altercation avec DragonFly. Il avait le sentiment que les choses lui avaient échappé, que la jeune femme avait attendu beaucoup de lui et qu’il ne l’avait pas senti, qu’il était passé à côté d’éléments essentiels. Le tourment qu’il ressentait en y repensant le blessait d’autant plus qu’il n’avait jamais éprouvé un sentiment si pénible, si profond. Sans parvenir à comprendre pourquoi, cet épisode le hantait, et les regrets qui s’étaient installés dans ses entrailles ne le lâchaient plus. Par moments, il sentait également une grande colère l’envahir, à l’idée qu’elle était venue le trouver avec des idées si précises en tête et en l’ayant en quelque sorte piégé. Elle lui avait posé des questions qui semblaient ouvertes, alors qu’elle n’attendait en fait qu’une seule réponse, et cela lui faisait l’impression d’un traquenard, d’une mise à l’épreuve dans un moment où il était affaibli et encore sous l’effet des drogues qu’on lui avait administrées pour l’aider à surmonter la douleur. Mais cette rancœur ne durait jamais bien longtemps, elle n’était que l’expression d’un désarroi, un réflexe inconscient pour essayer de se soulager par instants de la culpabilité qui l’accablait. « Etrigane, l’œuf est dans ma chambre. Venez donc l’y chercher si vous en trouver le courage ». Les paroles de la jeune femme dansaient dans son esprit, ravageant sa conscience et exacerbant son remords. Elle avait semblé si déçue, si profondément meurtrie par son attitude. « Nanaki et mes autres dragons veillent, et ma propre épée n’est jamais loin de moi, même la nuit. » Les derniers mots qu’elle avait prononcés. Une menace même pas déguisée. Etrigane serrait les poings et se mordait la lèvre inférieure. Il se sentait impuissant et ne savait plus ce qu’il devait faire. Lorsqu’il quitta la relative protection du secteur médical, il se sentit brusquement seul, et comprit qu’il n’avait plus sa place en ces lieux. Il sortit de la Citadelle, et se retrouva dans la grande cour intérieure qui entourait l’édifice. C’était le soir. Les activités de la journée avaient cessé, et un silence presque irréel régnait dans la cour, si passante d’ordinaire. Les loups du Clan étaient vraisemblablement réunis autour du repas. Lui-même avait participé à ce rituel de fin de journée, à une époque très proche qui lui semblait pourtant lointaine à présent, et d’autant plus éloignée qu’elle était désormais comme scellée, proscrite. L’image de DragonFly se dessina dans son esprit, et l’amertume qu’il ressentit allait le pousser à partir définitivement lorsqu’une voix le fit sursauter. « Ne renonce jamais ». (fin de la première partie) _________________  |
|  | | Etrigane Habitué de la Citadelle


Nombre de messages: 151 Localisation: Etrigane_House Date d'inscription: 12/08/2007
 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Dim 9 Sep - 18:49 | |
| C’était Flamwing. Etrigane se retourna, et découvrit l’Archiviste adossé à un pilier. Il scruta son visage, afin d’y découvrir son état d’esprit, mais il ne put y lire aucune trace particulière de sympathie. « Tu ne peux résider dans la Citadelle, reprit ce dernier, mais il n’y a rien dans les environs et je pense que tu n’as pas achevé ta tâche. En conséquence de quoi je te suggère de prendre tes quartiers dans les dépendances construites tout le long de l’enceinte. Les trois quarts sont vides. - Flamwing, je… » Il ne put achever sa phrase car Flamwing avait déjà tourné les talons, et remontait le grand escalier qui menait à l’entrée principale de la Citadelle. Etrigane le regarda disparaître, puis il se tourna de nouveau en direction de la cour. Etrangement, il avait l’impression de sentir pour la première fois le froid qui régnait sur cette île nordique, en proie à des gelées violentes. La pureté blanche qui entourait la Citadelle s’accordait si bien avec l’esprit de la meute, par son caractère intransigeant et incorruptible. La meute. Il baissa les yeux et contempla un moment le sol. Puis il regarda les dépendances, alignées contre le mur qui encerclait la Citadelle, et sélectionna celle qui lui parut la plus difficile à voir. Elle se trouvait dans un angle peu commode par rapport à l’entrée du repaire, et un conifère la camouflait en grande partie. Il en prit rapidement la direction, et s’y enferma aussitôt, avant que sa volonté ne faillât et qu’il ne décidât de s’en aller pour ne jamais remettre les pieds en ces lieux. Il ne chercha même pas à examiner l’endroit dans lequel il venait de prendre place, et se concentra sur la cheminée de la pièce principale. Il parvint non sans mal à allumer un feu, et resta assis près de l’âtre sans bouger. Le froid qui régnait entre ces murs était épouvantable, la maison n’ayant probablement pas été chauffée depuis des lustres. Les murs étaient gelés, les fenêtres verglacées, et sa respiration produisait de la buée dès qu’il entrouvrait la bouche. Il dénicha une couverture quelque part dans une chambre, et installa le matelas de son lit près de la cheminée. Le sommeil finit par se saisir de lui, un sommeil sans rêve ni réconfort, qui le laissa songeur et abattu à son réveil. Ce ne fut qu’au bout d’une heure qu’il réalisa qu’il n’avait rien à manger. Il savait que le personnel de cuisine de la Citadelle faisait deux fois le tour des dépendances dans la journée pour apporter de la nourriture aux gens qui se trouvaient là, mais il ignorait les horaires exacts. C’était si humiliant qu’il faillit rassembler ses affaires et s’en aller sur le champs, mais l’image de Flamwing adossé à son pilier lui revint en tête, et cela l’arrêta. « Ne renonce jamais ». C’était pourtant si tentant, si justifié par certains côtés, que c’était vraisemblablement la meilleure chose à faire. Mais il savait également que jamais il ne se remettrait d’une telle expérience s’il abandonnait à ce moment. Il avait trahi la confiance de ses parents pour poursuivre son vieux rêve, il avait quitté sa maison d’enfance, dont la porte lui était sûrement close désormais, il avait quitté sa ville et sa vie, pour s’engager dans un choix fondamental, le genre de choix sur lequel on ne peut revenir. S’il renonçait, il n’aurait nul endroit où se rendre, aucune perspective de lendemain. Il lutta contre le sentiment de solitude qui l’accablait en le tournant en dérision. « Toi qui as toujours été perçu comme un être isolé, fuyant la compagnie des autres, tu devrais être satisfait ! Te voici seul au monde ! » Une femme lui apporta à manger une demi-heure plus tard. Il hésita un instant et se décida à lui demander un service. Il avait besoin d’un certain nombre d’ouvrages qu’il devait étudier, c’était la seule raison qu’il avait de demeurer en cet endroit. D’abord réticente, et vaguement agacée, la cuisinière finit par accepter en maugréant, tout en le prévenant qu’elle devait achever toutes ses tâches matinales en priorité. Elle revint deux heures plus tard, porteuse de trois gros ouvrages qu’elle n’avait pourtant aucune peine à transporter, tant elle semblait habituée à déplacer de lourdes charges. Elle les lui remit avec un « Voilà pour vous » sans chaleur, et s’en alla aussitôt, sans prêter la moindre attention au remerciement d’Etrigane. Le jeune homme retourna dans la pièce principale, et reprit place près de la cheminée, sur le lit. Il disposa les trois livres devant lui et les regarda attentivement. Les reliures en cuir étaient craquelées mais l’état général de ces ouvrages était remarquable, compte-tenu du nombre impressionnant de personnes qui avaient dû les manipuler. Devant lui se concentrait en quelques milliers de pages tout le savoir imaginable sur les dragons. Il s’agissait là de livres d’éleveurs, écrits par et pour des éleveurs, dans le but de pérenniser une connaissance et une expérience acquises avec lenteur et patience, pendant plusieurs décennies. Etrigane se plongea dans la lecture. Les jours s’écoulèrent sans aucun événement notable. Le froid semblait un peu moins mordant, à moins qu’il ne s’y habituât progressivement. Chaque journée ressemblait si fort à celle qui précédait qu’il avait bien de la peine à mesurer le temps qui passait. Un profond découragement le gagnait régulièrement, lorsqu’il s’apercevait qu’il ignorait toujours ce qu’il allait bien pouvoir dire ou faire lorsqu’il se présenterait devant DragonFly. Cette seule perspective l’effrayait, et ce de façon d’autant plus intense qu’il avait le sentiment de n’avoir parlé à personne depuis des années. Il ouvrit même la bouche une fois, seul dans la pièce, pour prononcer quelques mots, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Peut-être la jeune femme avait-elle simplement voulu lui faire comprendre ce qu’était réellement cette vie d’ermite qu’il semblait appeler de ses vœux ? Peut-être était-ce une leçon. Mais il en doutait. Pour donner une leçon, encore fallait-il attendre quelque chose de l’autre, or, la certitude qu’elle n’attendait strictement plus rien de lui était profondément enfoncée en lui. Un jour, il entendit un brouhaha inhabituel dans la cour. Il regarda par la fenêtre et vit beaucoup d’hommes qui s’agitaient, avec dans leurs gestes et dans leurs cris cette énergie particulière provoquée par les moments qui sortent de l’ordinaire. Il s’agissait sans doute de préparatifs pour une mission, assez importante à en juger par le nombre d’hommes mobilisés. Le cœur d’Etrigane se serra horriblement lorsqu’il aperçut la silhouette de DragonFly, au beau milieu de ses hommes, qui semblait donner des directives en désignant des choses du doigt. L’angoisse qui l’étreignit le poussa à tourner le dos à la fenêtre, il se laissa aller contre le mur et se retrouva assis parterre, le visage décomposé. Il demeura ainsi pendant des heures, et lorsqu’il se décida enfin à se relever, un rapide coup d’œil par la fenêtre lui confirma ce que l’absence de bruit lui avait laissé supposer : ils étaient tous partis. La lassitude qui l’envahit alors n’avait pas de nom. Mortifié, il se dirigea vers la cheminée et fit repartir le feu, en tisonnant les bûches d’un air absent. Puis, pour éviter de penser, il se replongea dans la lecture comme on se jette d’un pont, comme on se noie doucement et sans regrets. Le jour où Etrigane acheva la lecture des trois tomes, il n’avait plus aucune notion du temps. Il avait l’impression d’être là depuis plus d’un mois, mais rien ne pouvait confirmer ce sentiment. Cela n’avait en fait qu’une importance relative. Ce qui le tétanisait, c’était de se rendre compte qu’il n’avait toujours pas la moindre idée de ce qu’il allait faire en allant trouver DragonFly. Mais cette torpeur évolua au fil des jours, laissant la place à une sorte d’inquiétude sourde, qui devint vite familière, comme tous ces gens qui vivent avec une maladie et finissent par l’intégrer à leur quotidien. Le jour où il se décida, il se sentait complètement vide. Il traversa la cour avec lenteur, la démarche hésitante et le pas mal assuré. La lumière matinale du soleil le contraignit à froncer les sourcils et à marcher tête basse. Depuis combien de temps n’avait-il pas marché à l’extérieur ? Il était assailli par des vertiges, et son cœur s’était mis à battre lourdement. La tête lui tournait. Il se sentait nauséeux. (fin de la seconde partie) _________________  |
|  | | Etrigane Habitué de la Citadelle


Nombre de messages: 151 Localisation: Etrigane_House Date d'inscription: 12/08/2007
 | Sujet: Re: Le dragon des Ombres Lun 10 Sep - 10:34 | |
| Les grands escaliers principaux lui semblèrent interminables. Il franchit les portes en ayant presque des difficultés à les pousser, et il se retrouva dans le grand hall. En évitant de croiser les regards, il prit le chemin des appartements de DragonFly, les yeux rivés sur le plancher. Les membres du Clan s’arrêtaient à son passage, et le suivaient du regard. Plus rien dans l’attitude des uns et des autres ne laissait penser qu’il eût un jour appartenu un tant soit peu à cette communauté. ll hésita un instant devant la porte de la chambre, puis il frappa deux petits coups secs, bientôt suivis de la voix de la jeune femme, qui se contenta d’un « Entrez » énergique. Il ouvrit la porte et s’engouffra dans la pièce. C’était une chambre vaste, assez désordonnée, envahie de documents, de livres et de vêtements éparpillés. L’œuf était disposé sur un couffin près d’une grande fenêtre, et les dragons de la louve l’entouraient, protecteurs. Ils lui jetèrent un regard ulcéré, et émirent des piaillements aigus assez menaçants. DragonFly prit son épée, sans la dégainer de son fourreau mais en la gardant fermement entre ses mains, puis elle fit quelques pas en direction du jeune homme. Elle le considéra un moment, l’air effaré devant son amaigrissement et son teint cadavérique. « Etes-vous bien sûr d’avoir choisi le bon jour pour vous présenter devant moi ?, demanda-t-elle sur un ton presque agacé. Avez-vous vu l’état dans lequel vous êtes ? ». Etrigane la regarda, et une lueur passa dans ses yeux verts. « Cet état n’est dû qu’aux admirables conditions de vie dans lesquelles je me trouve depuis plusieurs semaines, dit-il d’une voix qui le surprit lui –même par sa netteté. N’allez pas croire un seul instant que j’essaie de vous apitoyer. - Bien, je vous écoute, que voulez-vous ? - Pour commencer, vous devriez éloigner l’œuf de cette fenêtre. Au stade de développement qui est le sien, la membrane de l’œuf est bien plus fine, et l’embryon est beaucoup plus sensible à la chaleur ». Il posa un index sur sa bouche et regarda dans la pièce, puis il indiqua du doigt un angle opposé. « Le simple fait de le placer à cet endroit devrait faire chuter sa température interne de quelques degrés, ce sera suffisant ». DragonFly le regarda, et un léger sourire apparut sur son visage. « Vous pensez vraiment que vous allez me convaincre avec ce genre de chose ?, dit-elle en riant. Mais, ce que vous me dites là, n’importe quel idiot ayant lu un livre traitant de la question pourrait en faire autant. - Je pense savoir à présent ce qu’il faut faire pour s’occuper d’un dragon correctement, c’est une chose qui compte et vous le savez aussi bien que moi puisque vous m’en avez-vous-mêmes parlé. - C’est exact. Mais ne pensez pas l’emporter avec si peu de choses. Quand je vois votre état, je doute sérieusement de vos capacités à faire face aux épreuves et aux difficultés de la vie. » La vision d’Etrigane se brouilla, et des larmes coulèrent sur son visage. Mais toute son expression demeurait digne, et son regard se faisait de plus en plus perçant. « Il est vrai que je n’ai pas la résistance physique d’un guerrier, dit-il doucement. J’ai décidé de ne pas fuir, de ne pas abandonner, et de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour apprendre et évoluer. Vous n’avez pas envie de le reconnaître, parce que vous avez décidé que je n’avais aucune chance. Je vous savais inflexible, je ne vous pensais pas cruelle ». Elle dégaina son épée de son fourreau avec lenteur, et pointa la lame en direction du jeune homme. « M’insulter sous mon toit, est-ce là votre stratégie ? » Ce qu’il fit alors la surprit. Il prit la lame dans sa main, et en détourna doucement la pointe dans une autre direction. L’acier était si effilé que sa main en fut coupée, des filets de sang coulèrent le long de l’arme, et leur odeur excita les dragons dont les cris se renouvelèrent. « Vous ne me tuerez pas, dit-il d’une voix toujours très douce. Cette arme n’a pas besoin de quitter son fourreau aujourd’hui. » Ils demeurèrent immobiles et silencieux. Etrigane tenait toujours la lame de sa main gauche, son sang goutait sur le sol. Ils se regardaient sans ciller, avec intensité, debout au beau milieu de la pièce. « Qu’est-ce qui vous permet de croire cela ? »,finit par demander la jeune femme. Des larmes traversèrent le visage d’Etrigane, contrastant étrangement avec le sourire qui naquit sur ses lèvres. « J’ai compris quelque chose, quelque chose de très important ». Il attendit un court moment, comme s’il voulait être absolument sûr des mots qu’il allait prononcer, et il finit par dire : « Je tiens à vous, et vous tenez à moi ». (à suivre) _________________  |
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